Licornes, créatures imaginaires ?

On décrit souvent la licorne comme un animal mythique issu de l’imaginaire. Mais, à l’époque médiévale, la licorne était loin d’être un mythe : celle-ci cohabitait avec des animaux bien réels dans les ouvrages zoologiques.

En 1551 paraît l’Historia Animalium de Conrad Gessner, qui est considérée comme l’une des premières compilations d’histoire naturelle, et qui consacre pas moins de six pages à cet être surnaturel, et en particulier aux propriétés médicinales de sa corne. Cet ouvrage connaîtra de nombreuses rééditions, ainsi qu’une traduction anglaise sous le nom de The History of Four-Footed Beasts – L’histoire des bêtes à quatre pattes.

Ulysse Aldrovandi, naturaliste originaire de Bologne, explique dans son ouvrage De Quadripedibus Solipedibus – qui devient rapidement LA référence en matière de zoologie – comment un marchand parvint à démontrer l’authenticité d’une corne de licorne.

 Dans Histoire générale des drogues, Pierre Pomet décrira cinq espèces de licornes, tandis que Jan Jonston en présentera huit dans Historia Naturalis de Quadrupedibus.

Planche présentant les huit espèces de Licornes dans Historia Naturalis de Quadrupedibus de Jan Jonston, 1652

Les écrits savants sur la licorne perdurent jusqu’au XVIIIe siècle, où elle est quasiment moquée par Rabelais dans Pantagruel.

Des créatures inspirées d’animaux réels

La légende de la licorne survient très probablement d’animaux réels. Si la licorne est décrite comme ayant plusieurs espèces, l’on peut aisément penser que ces différentes espèces étaient en réalité confondues avec différents animaux.

Dans Devisement du monde, Marco Polo décrira un animal unicorne comme étant une licorne. Aujourd’hui, l’on peut aujourd’hui clairement l’identifier comme étant un rhinocéros de Java. On confond régulièrement ces deux animaux, étant les seuls animaux terrestres, avec le rhinocéros indien, à ne posséder qu’une seule corne. De plus, la confusion à l’Antiquité et au Moyen-âge viendrait également d’erreurs de traduction à partir du latin.


« (…) à peine moins gros qu’un éléphant, avec le poil du buffle, le pied comme celui de l’éléphant, une très grosse corne noire au milieu du front. Il ne fait aucun mal aux hommes ni aux bêtes avec sa corne, mais seulement avec la langue et les genoux, car sa langue est couverte d’épines très longues et aiguës. Quand il veut détruire un être, il le piétine et l’écrase par terre avec les genoux, puis le lèche avec sa langue. Il a la tête d’un sanglier sauvage et la porte toujours inclinée vers la terre. Il demeure volontiers dans la boue et la fange parmi les lacs et les forêts. C’est une vilaine bête, dégoûtante à voir. »

Marco Polo, Devisement du monde, 1298

Divers autres animaux à cornes ont pu nourrir la légende de la licorne. On pense par exemple à certaines antilopes, comme l’oryx ou l’éland. Le commerce de leurs cornes, ainsi que le culte que les chamanes vouaient à l’éland dans certaines tribus africaines, ont sans doute contribué à l’extension du mythe. Vu de profil, on pourrait croire que l’oryx d’Arabie ne possède qu’une corne. d’Aristote et Pline ne lui attribueront d’ailleurs qu’une seule.

La dent du narval, unique et spiralée, fut longtemps vendue comme étant une corne de licorne, ce qui fournissait une preuve matérielle à l’existence de cet animal pourtant légendaire. On dira d’ailleurs qu’il existait des licornes aquatiques appelées  » camphruch ».

Licorne, narval et « licorne fossile » comparés dans le Museum Museorum, en 1704

Les licornes artificielles

En Asie, la création de licornes artificielles fut autrefois répandue. Elles étaient le résultat d’un d’un culte de la fertilité qui aura persisté dans certaines zones du Tibet jusqu’à la fin du XIXe siècle. Pour cela, on utilisait des chèvres angora, auxquelles ont liait les cornes par le fer et le feu, créant une corne unique en forme de chandelier.

Si cette pratique a peu à peu disparu en raison de la barbarie qu’elle témoigne, en 1982, un célèbre cirque américain se vantait de posséder une « licorne vivante ». Il s’agissait en réalité d’un bouc nommé Lancelot, dont les cornes auraient été modifiées artificiellement pour n’en former qu’une. Si les « apprentis sorciers » à l’origine de sa création revendiquaient la redécouverte d’une technique ancestrale, ils furent contraints de retirer l’animal de leurs prestations du fait des protestations de militants pour le droit animal.

Aujourd’hui encore, de rares licornes artificielles voyagent avec le cirque Ringling Brothers.

De nombreux facteurs ont donc permis au mythe de se confondre avec la réalité. Toutefois, la licorne occidentale, que l’on retient aujourd’hui sous la forme d’une belle jument blanche, n’est pas la seule représentation possible de l’animal légendaire. La licorne est en effet très couramment évoquée dans les mythologies orientales. Dans le folklore persan, on parle de Shadhahvar, créature carnivore à la corne creuse créant une mélodie lorsque le vent souffle à l’intérieur. Quilin, la licorne asiatique, prend des allures de dragon. En Inde, le Karkadann possède quelques similitudes avec la licorne occidentale, notamment son obsession pour les jeunes femmes vierges et sa corne unique aux vertus médicinales.

Représentation de Shadhahvar

Article inspiré du « 5 théories sur les licornes » publié sur la chaîne Youtube de DidiChandouidoui.

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