le Monde perdu de Doggerland

Doggerland est le nom donné par les géologues à l’étendue émergée qui se situait jadis dans la moitié sud de l’actuelle mer du Nord, reliant la Grande-Bretagne au reste de l’Europe durant les glaciations quaternaires. Le nom « Doggerland » est emprunté au Dogger Bank, un banc de sable situé à la hauteur du Yorkshire.

Cette zone était émergée lors de chaque glaciation à cause de la baisse du niveau de la mer provoquée par la formation de grand glaciers dans les régions les plus froides de la planète. Pendant des milliers d’années, cette étendue était partiellement recouverte par les calottes glaciaires scandinave et britannique ou par un lac périglaciaire formé par les eaux des fleuves d’Europe du Nord dont l’écoulement était barré par les glaciers. Elle a ainsi pu être habitée par des hommes de la période mésolithique.

Un Monde englouti

Au dernier âge de glace, il y a un peu plus de 20 000 ans, le niveau de la mer se situait 120 mètres plus bas qu’à notre époque. La géographie était donc naturellement bien différente de celle que nous connaissons. Des fleuves distincts comme le Rhin, la Tamise, la Seine et la Somme se rejoignaient, formant l’immense fleuve Manche, qui parcourait l’Europe de l’Ouest avant de se jeter dans l’Océan Atlantique. Cette ancienne jonction explique que l’on retrouve les mêmes poissons d’eau douce dans ces fleuves actuellement éloignés par des centaines de kilomètres !

L’âge de glace prit fin et le niveau des eaux commenca à monter. Cette augmentation très progressive (de l’ordre d’un ou deux mètres par siècle) fit passer le niveau des eaux de -80 mètres en 15 000 av. J.-C au niveau actuel en 5000 av. J.-C. Le Doggerland se retrouva donc totalement submergé vers la fin du VIe millénaire avant notre ère, façonnant les contours de la Grande Bretagne, désormais séparée du continent Européen.

Un plongeur inspecte un tumulus dans les fonds marins de la Mer du Nord.
Crédit photo : Université de St. Andrews

Des vestiges inattendus

De nos jours, des chalutiers en mer du Nord récupèrent parfois des restes d’animaux terrestres de l’âge de glace, tels que des mammouths, des rennes ou des lions des cavernes. Il arrive parfois même aux pêcheurs de rapporter dans leurs filets des outils et des armes préhistoriques. En janvier 2015, l’océanographe britannique Dawn Watson a découvert une forêt engloutie au large des côtes du Norfolk.


« Je ne pouvais pas croire ce que je voyais.  La mer était assez houleuse près du rivage

alors j’ai décidé de plonger un peu plus loin et après avoir nagé plus de 300 mètres, j’ai trouvé une longue crête noircie. Quand j’ai regardé de plus près, j’ai réalisé que c’était du bois et quand j’ai nagé plus loin, j’ai commencé à trouver des troncs d’arbres entiers avec des branches dessus, qui avaient l’air d’avoir été abattus ».

Dawn Watson

Les terres du Doggerland (où ont autrefois vécu des milliers d’humains) s’étendent aujourd’hui et depuis environ 7000 ans sous les eaux entre le Royaume-Uni et la Scandinavie. Les progrès en géophysique marine ont permis de commencer à en cartographier le paysage avant la submersion. Depuis les années 2000, on en connait quelque reliefs, chenaux et vallées. Mais peu d’informations sont disponibles sur les communautés humaines qui y vivaient.

Dent fossilisée de mammouth, découverte dans les eaux recouvrant l’ancien « Doggerland »


En 2019, un navire scientifique a cartographié en 3D une surface équivalente à la moitié de la France métropolitaine tout en collectant des échantillons de fonds marins. où l’on pourrait trouver des indices de présence humaine ainsi que des restes d’ADN de plantes et d’animaux du mésolithique. La carte ainsi obtenue devrait révéler les collines, vallées, estuaires et côtes du Doggerland, et pourrait aider à déterminer les lieux ou vivaient les chasseurs-cueilleurs établis dans la région. Ceci permettrait également de mieux comprendre ce qui se passe en cas d’immersion de vastes écosystèmes, ce pourrait se produire avec la montée des eaux attendue dans le cadre du réchauffement climatique.

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