La tentaculaire influence de Lovecraft sur la musique metal

Howard Phillips Lovecraft, si ce style musical avait existé de son vivant, aurait probablement été un « metalleux. »

C’est du moins ce que l’on peut légitimement penser en voyant la proximité de son œuvre avec les thèmes abordés dans le métal. Sombre, torturé, il décrit dans ses œuvres un monde horrifique, sans issue, dépassé par l’immensité cosmique dont l’homme ne représente rien, bien moins qu’une poussière.

Quoi de mieux pour inspirer les artistes d’une musique underground, dont les tonalités endiablées rendent brillamment compte des plus effroyables cauchemars de celui que Stephen King a appelé, à juste titre, « le plus grand artisan du récit classique d’horreur du vingtième siècle. »

Le culte des Grands Anciens

Les monstres cosmiques inspirés des plus terrifiants cauchemars de l’écrivain sont les sujets privilégiés des groupes abordant la l’univers lovecraftien. L’intégralité de la discographie du groupe de death metal australien Portal est consacrée aux mythes des Grands Anciens.

Le dieu-poisson Dagon est fréquemment cité, notamment à travers des morceaux tels que « Call of Dagon » dans l’album Sirius B du groupe de metal symphonique suédois Therion. « Dagon » est également un des titres de Saille, groupe de black metal neerlandais, qui apparaît dans leur album Eldritch.

Pochette de l’album Sirius B, Therion

L’Appel de Cthulhu

Mais de tous les Grands Anciens sortis de l’esprit torturé de Lovecraft, le plus représenté dans la musique metal est sans nul doute Cthulhu, car il s’agit de son entité la plus célèbre.

Si l’on pense aisément à Métallica et à son légendaire « The Call of Ktulu », paru dans Ride The Lightning, une multitude d’autres groupes ont cité l’immense créature cosmique, comme par exemple le groupe britannique de black metal Cradle of Filth, avec le titre « Cthulhu Dawn » de leur album Midian.

A ce titre, la mythique cité dans laquelle demeure l’entité extraterrestre, R’lyeh, est également un lieu de fascination pour les groupes. Le premier album du groupe de funeral doom Catacombs, In The Depths of R’yleh, en a fait son thème central.


« Ce que je préfère chez cet écrivain c’est l’horreur d’argile, la première partie de l’Appel de Cthulhu, car nous y découvrirons via les rêves de Henri Wilcox la cité de R’lyeh ainsi que la description physique de Cthulhu. Je crois que nos rêves et cauchemars ne sont pas le fruit de l’imagination mais le reflet d’autres plans, d’autres dimensions. »

Benjamin Boisier, chanteur et guitariste de Lyndwurm Orphans

Certains groupes tentent de s’éloigner des terreurs abyssales que décrit l’homme de Providence. Le groupe de punk rock canadien The darkest of the hillside thickets prend le parti de rendre hommage au mythe de Cthulhu de manière décalée, voire ironique, à travers une discographie presque entièrement vouée au culte de Lovecraft.

Ce décalage se voit en partie dans leurs tenues, parfois grotesques, censées représenter les Grands Anciens. Le guitariste du groupe, Warren Banks, plaisante d’ailleurs à ce sujet : « Nous avons incontestablement passé plus de temps à nous fabriquer des costumes de Cthulhu qu’à écrire ou répéter ! »

Costumes de The darkest of the hillside thickets

Le livre maudit

S’il n’est, au final, que très peu évoqué par le Maître de l’horreur, le Necronomicon est assez fréquemment cité par les groupes de metal. Cet ouvragre, soit-disant écrit par Abdul al-Azred, est censé contenir des savoirs perdus sur l’effroyable bestiaire des Grands anciens.

Ainsi, le groupe danois de heavy metal Mercyful fate évoque la figure d’Abdul al-Azred à travers le titre « The Mad Arab », dans Time, qui trouvera une suite dans l’album Into the Unknown, sobrement intitulée : « Kutulu – The Mad Arab Part II ».

Le premier album du groupe de post-black metal français The great old ones, nommé Al Azif, est également très évocateur. Le Necronomicon aurait eu comme nom premier Kitab al Azif , ce qui veut littéralement dire « Livre du musicien ». Al Azif se rapporte aux bruits que produisent les insectes de nuit, ce qui, dans la culture arabo-musulmane, fait référence aux cris des djinns, créatures surnaturelles présentes dans le Coran. Selon les dires de Lovecraft, l’auteur du livre maudit Abdul al-Hazred, aurait été déchiqueté en 738 par un monstre invisible.

Pochette de l’album Al Azif,  The great old ones

« Necronomicon » est également le titre d’une chanson du groupe de death metal mélodique suédois Hypocrisy, tirée de l’album Osculum Obscenum.

Et bien d’autres œuvres horrifiques…

L’univers lovecraftien contient bien de merveilleuses horreurs encore ! L’auteur ayant publié des dizaines d’œuvres de son vivant, dont une grande partie dans le magazine pulp Weird Tales, la musique metal a de quoi s’inspirer !

Le roman Les Montagnes hallucinées est par exemple évoqué par le groupe de death metal neerlandais Orphanage, qui intitule un des titres de son album By Time Alone « At The Mountains of Madness ». Le groupe de metal gothique allemand The Vision Bleak a dédié son album Carpathia à la mémoire du Maître de l’horreur, et contient le titre « Horror of Antarctica ».

Outre ses romans, un grand nombre de ses nouvelles sont évoquées. Thergothon, groupe d’un genre méconnu en France, le métal fatidique funéraire (funeral doom metal), évoque parfaitement la complainte de La quête onirique de Kadath l’inconnue à travers de lents et puissants death growls.

Les poèmes sont également mis à l’honneur à travers « Darkness », un morceau de Morgoth (groupe de death metal allemand) apparaissant dans leur album Cursed, qui reprend des vers de Nemesis.


« J’ai dérivé sur des mers sans fin,

Sous des cieux sinistres aux nuages gris

Que déchirent des éclairs échevelés,

Qui résonnent de cris hystériques;

Des beuglements d’invisibles démons

Qui s’élèvent des eaux glauques. »

Extrait du poème Nemesis, H. P. Lovecraft

Grand écrivain de l’horreur, Lovecraft n’est néanmoins pas le seul romancier américain à avoir inspiré la musique metal. Edgar Allan Poe a également grandement influencé ce style, tout autant que le rock. Alan Parsons a par exemple consacré un album entier à cet auteur, Tales of mystery and imagination.

Article inspiré de l’ouvrage Cthulhu metal : L’Influence du mythe de Sébastien Baert, publié le 12 juin 2019 chez Bragelonne – et disponible dans toutes les bonnes librairies indépendantes.

Lovecraft n’a pas seulement inspiré de grands musiciens, mais il est aussi à l’origine de notre première Expédition, Dagon.

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