Henry de Graffigny, l’ancêtre des « vulgarisateurs scientifiques »

C’est pas sorcier.

Savant touche-à-tout exubérant, scientifique farfelu aux connaissances aussi vastes que superficielles, Raoul Marquis, dit « Henry de Graffigny » était avant tout un immense vulgarisateur. Prolifique, il fût l’auteur de plus de deux cents livres, la plupart écrits sous le pseudonyme d’Henry de Graffigny.

Parmi ses nombreuses spécialités, on trouvait les sciences appliquées (il fût l’auteur d’une thèse en sciences physiques en 1904), ainsi que les ascensions en dirigeable (l’un de ses premiers titres étant Traité d’aérostation théorique et pratique, 1891) et l’électricité. Son œuvre foisonnante s’étendait du roman d’aventure  à la science-fiction, des comédies et pièces de Guignol, aux traités scientifiques et techniques (aviation, astronomie, radiologie…) en passant par des guides de mécanique et autres manuels d’expériences électriques amusantes… jusqu’à un surprenant Tout ce qu’il faut pour se mettre en ménage. Cet éclectisme alimentera le côté bouffon du personnage qu’il devient, sous le nom de Roger-Marin Courtial des Pereires, immortalisé dans le roman de Louis Ferdinand Céline, Mort à crédit.

Un exemple parmi tant d’autres des histoires rocambolesques de Raoul Marquis, alias Henry de Graffigny

Le jeune Louis Ferdinand Destouches, qui prendra plus tard le pseudonyme d’écrivain « Céline » fait sa connaissance en septembre 1917, alors que Raoul Marquis est secrétaire de rédaction de la publication périodique Eurêka. Cette « Revue des Inventions dans leurs rapports avec l’industrie et la vie moderne » se voulait rigoureuse et scientifique, n’hésitant pas a pourfendre les inventeurs charlatans qui étaient légion à l’époque. Mais il suffit de feuilleter quelques numéros, de consulter même quelques sommaires, pour s’apercevoir que les articles de revue Eurêka étaient eux-même d’une loufoquerie propre à faire sourire.

Source : gallica.bnf.fr – Bibliothèque nationale de France

Une sorte de foi aveugle dans le progrès, de mirages scientifiques habillés de mots savants, de naïveté mathématique règnent involontairement sur les pages d’Eurêka. Dans cette revue le jeune Céline est factotum, une sorte de correcteur, garçon de course en 1916. Céline et Marquis se fréquentent ensuite jusqu’en 1918, quand ils participent ensemble a une mission de prévention de la tuberculose pour le compte de la Fondation Rockefeller, en Bretagne. Puis ils se perdrent de vue.

C’est en 1936, deux ans après la mort d’Henry de Graffigny que Louis Ferdinand Céline le fait revenir d’entre les morts sous sa plume. De ses souvenirs, il façonne le personnage de Courtial des Pereires, directeur du Génitron. Le personnage d’inventeur farfelu donne lieu aux pages les plus drôles de mort à crédit.

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