Ching Shih, l’impératrice des pirates

Et si le plus grand équipage pirate de l’histoire avait été dirigé par une femme ?

C’est effectivement le cas ! Au début du XIXe siècle, une terrible armada de dizaines de milliers d’hommes secoue la mer de Chine. La flotte est alors dirigée par la tyrannique et manipulatrice Ching Shih, surnommée « la terreur de la Chine du Sud ».

La prostituée devenue pirate

De sa jeunesse, on ne sait pas grand chose, hormis le fait qu’elle serait née sous le nom de Shih Yang aux alentours de 1775, dans la province de Guandgong. On dit qu’elle aurait été prostituée dans un des bordel flottant du port de Canton, avant d’être capturée par les hommes de la flotte au drapeau rouge, dont le forban capitaine était alors Cheng I.

A partir de cette rencontre, sa vie va radicalement changer, puisque qu’en 1801, alors qu’elle est âgée de vingt-six ans, la jeune femme passe de prisonnière à épouse. Elle devient alors Ching Shih, ou encore Ching I Sao, ce qui veut littéralement dire « la femme de Cheng I ».

Fine stratège, dotée d’une grande intelligence, elle négocie à travers ce mariage, le commandement d’une des flottes de son mari, ainsi que 50% de ses parts. Cela lui permet de gagner rapidement le respect des membres de l’équipage. A l’inverse de son mari, réputé comme violent et impétueux, Ching Shih est connue pour son calme et ses capacités de manipulation.

Pendant quelques années, ils forment un redoutable duo, mais, en 1807, la flotte est prise dans une violente tempête, dans laquelle son mari trouvera la mort. La femme se retrouve alors à la fois veuve et à la tête d’une coalition d’environ 300 navires.

Le code des pirates

Afin de mettre un peu de discipline et de coalition au sein de cette armada, elle crée un véritable règlement qui doit être suivi à la lettre, et malheur à qui s’en détourne !

Chaque attaque doit être approuvée à l’avance par Ching Shih. Ne pas attendre l’approbation de la capitaine, c’est risquer de se retrouver décapité.

Après chaque prise, le butin doit être enregistré par un commissaire de bord, pour être ensuite distribué aux pirates par le commandant de bord : ceux-ci en recevaient 20%, tandis que le reste était gardé pour les entrepôts. Désobéir une fois revient à être flagellé, tandis que la seconde fois, la sentence n’est autre que la mort.

Les déserteurs qui sont retrouvés ont une oreille coupée, qui est montrée au reste de l’équipage pour montrer l’exemple. La seconde fois, il est délesté de sa tête. Il est également interdit de piller les villages qui fournissent la flotte. Dans le cas contraire, les coupables sont condamnés à mort.

Ching Shih, pirate féministe ?

Un règlement rigide est également adopté concernant les femmes qui seraient faites prisonnières : celles-ci doivent être relâchées si elles ne font pas l’objet d’une rançon.

Le viol est strictement interdit et mène directement à la peine de mort. Même si la prisonnière est consentante, le pirate est tout de même décapité et sa maîtresse est jetée par dessus bord.

Si un matelot veut avoir des relations charnelles avec une prisonnière, celui-ci n’a d’autre choix que de l’épouser et de lui jurer fidélité et respect, sans quoi il sera encore une fois décapité.

La terreur de la Chine du Sud

C’est le surnom qui lui était donné par les britanniques, et pour cause ! Ching Shih était tout autant redoutable avec ses ennemis qu’avec ses matelots. A la mort de Cheng I, elle fait appel aux figures les plus puissante de la famille de son défunt mari : son neveu Ching Pao-yang et le fils de son cousin Ching Ch’i, afin de prévenir un conflit ouvert. Elle décide également d’épouser  Cheung Po Tsai et d’en faire son bras droit, choix stratégique car celui-ci aurait été à la fois le second de Cheng I et son fils adoptif, capturé à 15 ans par celui-ci. Il est donc à la fois respecté des pirates et facile à manipuler, du fait d’une faible éducation et de ses liens avec elle.

Cheung Po Tsai

La femme pirate met alors en place un véritable empire. Elle crée à la fois un vaste réseau d’espionnage, et décide d’imposer une taxe aux navires marchands en échange de sa protection. En 1810, ce n’est pas moins de 17 000 loups de mer qui lui obéissent directement, et 1 800 navires ainsi que 80 000 personnes qui travaillent pour elle, que ce soit de près ou de loin. Elle contrôle ainsi le sud de la mer de Chine, mais aussi la province de son enfance, Guangdong.

Sa puissance est telle que le gouvernement chinois, même aidé par les portugais, n’arrive pas à défaire sa flotte. Si bien qu’en 1808, lors d’une tentative de la Marine chinoise et de ses pays allié, ils perdirent soixante-trois navires que Ching Shih se réappropria. Devant son emprise sur la mer de Chine, elle parviendra même à négocier son amnistie en 1810. Elle renonce alors à la piraterie à condition de garder l’intégralité de ses butins. Elle obtient également le droit d’épouser légalement Cheung Po Tsai, qui est promu lieutenant de la marine chinoise, tandis que sa femme obtient un titre de lady par décret impérial. Elle prend alors sa retraite anticipée à seulement 35 ans. Mais, en 1822, après la mort de son second mari, elle décide néanmoins de reprendre son activité première, prenant la tête d’une maison de jeu et maison close à Canton.

Ching Shih représentée dans Pirates des Caraïbes

A la fois femme de pouvoir et terreur des mers, Ching Shih mourrut à l’âge de 69 ans, à la fois riche, crainte, et respectée de tous.

Article inspiré du le Point culture sur les pirates publié sur la chaîne Youtube d’Alexis Breut, alias LinksTheSun.

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